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	<title>Le Hibou de l&#039;Apocalypse</title>
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		<title>Science-Fiction 15</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Apr 2011 16:06:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La jeune mutante tenait adroitement son violon – une pièce véritable, datant déjà de plusieurs siècles – et en jouait avec une grâce surhumaine. La décoration du restaurant était indescriptible, mais je vais faire de mon mieux : une grande baie vitrée donnait sur une vue inimitable du lever des trois pleines lunes sur Artemis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">La jeune mutante tenait adroitement son violon – une pièce véritable, datant déjà de plusieurs siècles – et en jouait avec une grâce surhumaine. La décoration du restaurant était indescriptible, mais je vais faire de mon mieux : une grande baie vitrée donnait sur une vue inimitable du lever des trois pleines lunes sur Artemis II. Une table unique pour six personnes se tenait au centre d&#8217;une pièce cubique en bois sculpté, éclairée par l&#8217;imperceptible fluorescence de la laque qui en recouvrait les murs. Dans un coin, la violoniste, dans un autre, le maître d&#8217;hôtel à l&#8217;entière disposition des convives. Contre un mur, un petit buffet portait les dernières bouteilles d&#8217;un vin du siècle précédent, retrouvées par miracle intactes dans l&#8217;épave d&#8217;un cargo interstellaire de luxe qui avait fait une mauvaise rencontre avec une comète.</p>
<p lang="zxx">Les murs portaient des bas-reliefs qui se voulaient un petit air d&#8217;antiquité préhistorique, du temps où les hommes devaient encore dépenser le salaire de toute une vie pour voyager dans l&#8217;espace et n&#8217;avaient pas encore fondé leur première colonie.</p>
<p lang="zxx">Les plats étaient préparés par un système conçu sur mesure de cuisine quantique, où toutes les façons de préparer un ingrédient étaient superposées et goûtées simultanément pour ne plus conserver, au final, que la version la plus délicieuse. Les ingrédients eux-mêmes étaient d&#8217;origine souvent illégale dans leurs systèmes solaires d&#8217;origine, régulièrement les derniers de leur espèce et parfois même conçus génétiquement pour un unique repas à thème.</p>
<p lang="zxx">
<p lang="zxx">Mais la touche finale à l&#8217;atmosphère luxueuse de l&#8217;endroit, c&#8217;était la rareté artificielle du repas : il n&#8217;ouvrait que lorsque les lunes étaient alignées, et ne disposait que d&#8217;une seule table. Impossible d&#8217;y acheter son entrée : au lieu de cela, les plus importants dirigeants de la Guilde disposaient d&#8217;un nombre annuel d&#8217;invitations dont ils pouvaient faire profiter de une à cinq personnes. Recevoir une telle invitation était une occasion unique réservée aux clients les plus indispensables et aux hommes politiques les moins impressionnables.</p>
<p lang="zxx">En quelques siècles d&#8217;existence, le restaurant officiel de la Guilde avait acquis une réputation intergalactique.</p>
<p lang="zxx">Monsieur 1736, par son poste, disposait bien évidemment d&#8217;invitations dont il avait maintes fois fait profiter des individus importants pour ses affaires. Mais cette fois, c&#8217;était lui qui était invité à un repas en tête-à-tête.</p>
<p lang="zxx">Comme mentionné précédemment, Olga Mundsdotter était une immortelle, non en vertu de sa biologie, mais parce qu&#8217;elle avait remplacé la chair par le métal et la pensée par l&#8217;informatique. On ne savait pas trop par quoi elle avait remplacé l&#8217;âme, mais on murmurait que son excellent sens des affaires devait bien venir de<em> quelque part</em>. Si elle avait profité de la fortune de son père pour acheter sa transhumanité, elle avait désormais acquis sa propre fortune à la seule force de ses algorithmes.</p>
<p lang="zxx">Physiquement, elle n&#8217;était pas laide. Elle avait mis ce soir-là son plus beau visage, s&#8217;était parée de ses plus beaux bijoux tout en gardant un air professionnel que confortait son tailleur à la fois sobre et somptueux.</p>
<p lang="zxx">Bien entendu, cela ne faisait rien pour rassurer Monsieur 1738. Depuis le début du repas, ils s&#8217;échangeaient des politesses plates et inoffensives, se tournant autour comme les deux vieux requins qu&#8217;ils étaient. L&#8217;invitation d&#8217;Olga ne mentionnait aucun but à ce dîner, mais il était évident qu&#8217;elle avait quelque chose à voir avec la soudaine suspicion qui l&#8217;avait pris la veille et ne le lâchait plus depuis.</p>
<p lang="zxx">« J&#8217;ai entendu que tu menais une enquête interne, en ce moment.</p>
<p lang="zxx">- Oui. Quelqu&#8217;un a envoyé un espion pour infiltrer <em>Prospecteo</em>. Nous l&#8217;avons identifié aujourd&#8217;hui, et sommes en train d&#8217;étudier l&#8217;étendue de son action. Il était avec nous depuis longtemps déjà.</p>
<p lang="zxx">- Quelle tristesse.  »</p>
<p lang="zxx">Elle mordit avec élégance dans un macaron. Des dizaines de contrebandiers étaient morts pour se procurer l&#8217;animal dont le foie gras lui fondait sur la langue. Tout son système digestif était un caprice techniquement inutile : sa pile à fusion lui fournissait toute l&#8217;énergie dont elle avait besoin, et ses capteurs pouvaient lui renvoyer de délicieuses sensations sans avoir à toucher des aliments. C&#8217;était ça, le luxe.</p>
<p lang="zxx">Il devait savoir pour Ivan Ericsson depuis le début, elle en était certaine. S&#8217;il avait jugé bon de sacrifier un tel atout, c&#8217;est qu&#8217;il avait de gros problèmes internes qu&#8217;il voulait cacher. Elle ne savait absolument pas de quoi il s&#8217;agissait, mais pourquoi ne pas en profiter ?</p>
<p lang="zxx">« 1738, tu sais&#8230;</p>
<p lang="zxx">- Oui ?</p>
<p lang="zxx">- Si tu as des problèmes, je suis à ta disposition pour t&#8217;aider. Je détiens peut-être des leviers pour résoudre ta situation. »</p>
<p lang="zxx">Monsieur 1738 la regarda. Elle était subtilement penchée en avant, un petit sourire au coin des lèvres. C&#8217;était visible du chantage, elle avait devant elle un bouton rouge qui pouvait faire beaucoup de mal à <em>Prospecteo</em>, et même si 1738 n&#8217;avait pas encore trouvé ce que faisait exactement ce bouton, Olga venait de revendiquer son existence. Il décida de faire comme s&#8217;il savait exactement de quoi il s&#8217;agissait.</p>
<p lang="zxx">« J&#8217;en suis convaincu, Olga. Je suis profondément touché de ta proposition.</p>
<p lang="zxx">- C&#8217;est normal, voyons.</p>
<p lang="zxx">- Si tu as un jour besoin de quelque chose, n&#8217;hésite pas. Je te renverrai l&#8217;ascenseur. »</p>
<p lang="zxx">Elle exulta intérieurement. Son bluff avait fonctionné, il avait accepté son aide sans même demander de détails. Cela lui donnait le levier suffisant pour récupérer ce qu&#8217;elle était venue chercher&#8230;</p>
<p lang="zxx">« Justement, j&#8217;étais venu te dire que <em>Terraformeo</em> va peut-être prendre une nouvelle direction stratégique le trimestre prochain. Nous avons besoin d&#8217;une planète pilote, et il me semble en avoir vu passer une récemment dans vos déclarations de prospection qui conviendrait à merveille.</p>
<p lang="zxx">- Tiens donc ? Nous n&#8217;avons eu que des petits cailloux arides et inutiles, récemment. Laquelle t&#8217;intéresserait ?</p>
<p lang="zxx">- Pyrrhus VI. »</p>
<p lang="zxx">
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		<title>Science-Fiction 14</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 15:12:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sans Catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Le paquet était arrivé. Trajan avait demandé à ce qu&#8217;on le laisse seul avec le conteneur sans étiquette. La navette qui l&#8217;avait livré, ainsi que la navette de l&#8217;amiral, prirent lourdement leur envol pour aller se poser un peu plus loin, près du camp du lieutenant Patricius. Le rugissement des réacteurs laissa la place au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">Le paquet était arrivé. Trajan avait demandé à ce qu&#8217;on le laisse seul avec le conteneur sans étiquette. La navette qui l&#8217;avait livré, ainsi que la navette de l&#8217;amiral, prirent lourdement leur envol pour aller se poser un peu plus loin, près du camp du lieutenant Patricius.</p>
<p lang="zxx">Le rugissement des réacteurs laissa la place au sifflement sporadique du vent. L&#8217;atmosphère oppressante et grise ne pouvait laisser la place qu&#8217;à une pluie torrentielle, dont le brouhaha emplissait le plateau rocheux sur lequel Joseph Trajan se tenait.</p>
<p lang="zxx">L&#8217;excitation le prit. Cela faisait quelques années maintenant qu&#8217;il n&#8217;avait pas participé à une mission sur le terrain. Les circonstances étant ce qu&#8217;elles étaient, il devrait accomplir celle-ci seul : trop risqué d&#8217;y envoyer quelqu&#8217;un sans lui expliquer le pourquoi du comment, et trop risqué de lui donner trop d&#8217;informations sur l&#8217;incident sur Pyrrhus IV.</p>
<p lang="zxx">Il vérifia une fois de plus les munitions de son arme, les vingt-quatre heures d&#8217;air respirable dans son scaphandre, le réservoir de son véhicule tout-terrain. Son casque était actif. Il s&#8217;approcha du conteneur, chargé quelques instants auparavant à l&#8217;arrière de son véhicule, et en explora la surface sous la pluie ruisselante. Un petit panneau de contrôle secondaire correspondait à l&#8217;emprisonnement psychique. Il le désactiva.</p>
<p lang="zxx">Il sentit aussitôt son esprit se transformer en coton. Un coton très blanc, très musical, très tranchant. Et soudain, une douleur à l&#8217;autre bout de la ligne le rappela à la raison. Le casque fonctionnait correctement. Déjà ça de gagné.</p>
<p lang="zxx">L&#8217;impression cotonneuse revint, mais plus doucement cette fois. La mélodie avait été remplacée par une voix féminine, comme celles qui annoncent dans les gares les numéros des quais et les horaires de départ et d&#8217;arrivée.</p>
<p lang="zxx">« Joseph Trajan. Vieille enflure. Pourquoi n&#8217;enlèverais-tu pas ce casque ? »</p>
<p lang="zxx">Trajan se mit à parler à haute voix. Il savait que Brain pouvait l&#8217;entendre, même s&#8217;il ne savait pas exactement comment.</p>
<p lang="zxx">« Toujours aussi aimable, Brain. La situation, si tu ne l&#8217;as pas encore comprise en lisant mon esprit, est la suivante : tu es enfermée dans un caisson sur une planète invivable, entièrement à ma merci. Si j&#8217;y passe, tu y passes aussi, donc autant faire en sorte que je reste en vie. C&#8217;est une simple mission d&#8217;espionnage, on va finir ça vite fait et rentrer à la maison. »</p>
<p lang="zxx">Sans attendre de réponse, il s&#8217;installa dans son tout-terrain et commença à dévaler une pente. Il y avait bien quelques centaines de mètres de dénivelé jusqu&#8217;à la ville en contrebas.</p>
<p lang="zxx">La réponse de Brain se fit sentir, à la fois en tant que voix et en tant qu&#8217;impression diffuse et pas particulièrement agréable, un peu comme lorsqu&#8217;on part de chez soi pour un voyage hanté par la certitude qu&#8217;on a oublié quelque chose d&#8217;important sans arriver à mettre la main dessus.</p>
<p lang="zxx">« Très bien, j&#8217;ai compris. Au fait, c&#8217;est un joli feu d&#8217;artifice que vous avez fait sur Pyrrhus IV. Félicitations, très professionnel.</p>
<p lang="zxx">- Arrête de fouiller mon esprit, Brain. Cela ne te regarde pas.</p>
<p lang="zxx">- Non, bien sûr. Je constate juste que ce sont tes bêtises qui nous ont mis tous les deux dans ce pétrin, et que je dois risquer ma peau à sauver la tienne parce que tu es un alcoolique incompétent et lâche.</p>
<p lang="zxx">- Ne pousse pas le bouchon plus loin que tu ne le voudrais.</p>
<p lang="zxx">- Parce que tu penses arriver à négocier avec une espèce extra-terrestre sans moi ? Imagine qu&#8217;ils communiquent par échanges de salive, comme les hommes-fourmis de Golgoth III ! Comme ce serait drôle de te voir rouler des pelles à des insectoïdes de la taille d&#8217;un gros chien&#8230;</p>
<p lang="zxx">- Sans commentaire.</p>
<p lang="zxx">- Mais bien sûr. Je vois bien que ça t&#8217;excite.</p>
<p lang="zxx">- &#8230;</p>
<p lang="zxx">- Quoi ?</p>
<p lang="zxx">- Tu sais, révéler que tu connais les recoins sombres de ma personnalité n&#8217;a un effet que si tu révèles des vrais secrets. Si tu inventes des choses ridicules, c&#8217;est juste ridicule.</p>
<p lang="zxx">- Bon, je pourrais alors te parler de ce que tu faisais hier soir avant de t&#8217;endormir.</p>
<p lang="zxx">- Je sais déjà ce que je faisais. Je passais un peu de temps avec une bonne bouteille, d&#8217;une compagnie autrement plus agréable que la tienne.</p>
<p lang="zxx">- Très bien, très bien. Changement de sujet. Est-ce que tu es à l&#8217;aise avec le fait que Patricius t&#8217;ait trahi ?</p>
<p lang="zxx">- Qu&#8217;est-ce que tu as inventé, encore ?</p>
<p lang="zxx">- Rien, pour une fois. Tu n&#8217;as pas remarqué, tu as donné l&#8217;ordre de bombarder Pyrrhus VI et il a fait bombarder Pyrrhus IV.</p>
<p lang="zxx">- Mon ordre était incorrect. J&#8217;avais bu, et j&#8217;ai écrit par erreur le mauvais chiffre. Voilà, je l&#8217;ai dit. Tu es contente ?</p>
<p lang="zxx">- Ne sois pas ridicule. Je vois clairement dans tes souvenirs d&#8217;hier soir que tu avais écrit le bon chiffre.</p>
<p lang="zxx">- C&#8217;est impossible. Je n&#8217;ai aucun souvenir d&#8217;hier soir.</p>
<p lang="zxx">- Ainsi, l&#8217;alcool t&#8217;empêche d&#8217;accéder à tes souvenirs ? Fascinant. Mais moi, je peux les voir quand même. »</p>
<p lang="zxx">Trajan s&#8217;interrompit. Son casque le protégeait de l&#8217;influence directe de Brain, mais elle était pleine de ressources, et disposait pour l&#8217;induire en erreur de tout le contenu de ses souvenirs. Ce n&#8217;était pas la première fois qu&#8217;elle essayait de l&#8217;induire en erreur en jouant avec son esprit. La seule issue était d&#8217;ignorer autant que possible tout ce qu&#8217;elle avait à dire.</p>
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		<title>Science-Fiction 13</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Apr 2011 15:08:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La navette de l&#8217;Amiral était posée sur une falaise surplombant une large plaine plongée dans la pénombre grisâtre qui semblait régner partout sur Pyrrhus VI. En contrebas, quelques kilomètres plus loin, une des rares traces de civilisation de la planète : une ville aux bâtiments trapus qui étendait ses tentacules entre les collines environnantes. Des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">La navette de l&#8217;Amiral était posée sur une falaise surplombant une large plaine plongée dans la pénombre grisâtre qui semblait régner partout sur Pyrrhus VI. En contrebas, quelques kilomètres plus loin, une des rares traces de civilisation de la planète : une ville aux bâtiments trapus qui étendait ses tentacules entre les collines environnantes. Des petites routes sinueuses s&#8217;en éloignaient avec hésitation, disparaissant dans les vallées des alentours. L&#8217;étalement urbain, dénue dé toute forme de fortification, témoignait d&#8217;une histoire pacifique.</p>
<p lang="zxx">Les capteurs militaires fonctionnaient très bien sous la chape nuageuse, mais n&#8217;identifiaient aucun objet volant à des kilomètres à la ronde. Cela ne rassurait pas Joseph Trajan sur l&#8217;avancement technologique de la civilisation autochtone.</p>
<p lang="zxx">Le lieutenant Patricius, accompagné de sa propre équipe d&#8217;intervention, s&#8217;était posté sur un sommet diamétralement opposé. Ses rapports réguliers semblaient corroborer l&#8217;analyse pessimiste de Trajan.</p>
<p lang="zxx">Un militaire enscaphandré sortit de la navette et salua poliment. Pour des raisons de protocole, les sous-officiers devaient toujours être en présence des officiers lorsqu&#8217;ils leur parlaient, même si les systèmes de communication intégrés aux scaphandres d&#8217;exploration planétaire leur auraient permis de faire leurs rapports à plusieurs kilomètres de distance.</p>
<p lang="zxx">« Mon Amiral.</p>
<p lang="zxx">- Oui ?</p>
<p lang="zxx">- Nous avons reçu le compte rendu de l&#8217;opération Saucisse Périmée. »</p>
<p lang="zxx">L&#8217;Amiral avait un goût inacceptable pour ce qui était des noms donnés aux opérations militaires. Ses subordonnés avaient appris à vivre avec, et à garder une tête sérieuse lorsqu&#8217;ils étaient obligés de les prononcer.</p>
<p lang="zxx">« L&#8217;opération est un succès, malgré quatre pertes humaines à déplorer. Le paquet a été embarqué dans une navette et arrivera ici dans une heure.</p>
<p lang="zxx">- Très bien&#8230; »</p>
<p lang="zxx">Trajan se gratta la barbe, ou plus précisément gratta pensivement la partie du scaphandre qui recouvrait sa barbe de deux jours. Le grincement du métal sur le métal fit tiquer imperceptiblement le militaire, toujours au garde à vous.</p>
<p lang="zxx">« Repos. Faites préparer une conférence avec le lieutenant Patricius d&#8217;ici cinq minutes, puis mettez en place les balises d&#8217;approche pour permettre au paquet de nous rejoindre. »</p>
<p lang="zxx">La télépathe ne tarderait pas. Il fallait désormais préparer l&#8217;étape suivante : rejoindre les indigènes en contrebas pour étudier leur culture et trouver le moyen le plus simple pour eux d&#8217;inventer les armes de destruction massive utilisées sur Pyrrhus IV.</p>
<p lang="zxx">De retour dans le sas, Trajan défit les attaches mécaniques qui maintenaient son casque en place. Il flottait dans la navette une odeur de plastique chaud, ainsi qu&#8217;un fumet plus subtil certainement lié à la maintenance des circuits hygiéniques. Sans prendre la peine de se débarasser de sa combinaison d&#8217;exploration, il parcourut le couloir qui menait à la salle de commandement et actionna la poignée d&#8217;accès. La grande porte métallique vira lentement sur ses gonds, et les lumières de la salle s&#8217;allumèrent de concert. La plupart des commandants auraient fait restreindre l&#8217;accès à une telle salle par des codes d&#8217;accès et une sécurité électronique, mais Trajan faisait confiance à ses hommes pour ne pas outrepasser leurs droits et ses hommes lui faisaient confiance pour trouver des punitions créatives dans le cas contraire.</p>
<p lang="zxx">L&#8217;écran de projection était déjà allumé, et montrait le contenu d&#8217;une salle similaire dans la deuxième navette, au centre de laquelle se tenait Patricius, assis sur le fauteuil central et parcourant rapidement un rapport écrit.</p>
<p lang="zxx">Il se releva et salua aussitôt.</p>
<p lang="zxx">Trajan lui fit signe de se rasseoir. Il appréciait le protocole militaire lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de flatter son amour-propre, mais s&#8217;en passait volontiers lorsqu&#8217;il y avait urgence. Malgré leurs désaccords sur l&#8217;extermination massive d&#8217;intelligences non-humaines, Patricius restait son homme de confiance.</p>
<p lang="zxx">« Patricius, notre petit paquet a été récupéré, il devrait arriver ici dans l&#8217;heure. Je commencerai aussitôt mon travail, et je veux que vous respectiez un silence radio absolu dans l&#8217;intervalle. Gardez un oeil ouvert, et si nous avons de la visite, envoyez-moi un message vide de contenu pour me prévenir.</p>
<p lang="zxx">- Entendu. D&#8217;ici combien de temps dois-je attendre un retour de votre part ?</p>
<p lang="zxx">- Quatre heures après l&#8217;arrivée du paquet.</p>
<p lang="zxx">- Bien reçu, amiral. Bonne chance. »</p>
<p lang="zxx">La visite qu&#8217;ils ne souhaitaient pas avoir,  ce n&#8217;était pas une quelconque hostilité de la part des indigènes, mais bien l&#8217;arrivée dans le système stellaire d&#8217;un quelconque vaisseau humain. L&#8217;ingérance prématurée d&#8217;une flotte impériale ou des prospecteurs de la Guilde pourrait avoir un effet dévastateur sur leur petite entreprise.</p>
<p lang="zxx">Joseph Trajan éteignit d&#8217;un claquement de doigts l&#8217;écran de projection, et regarda son casque, posé réglementairement à côté de son fauteuil. Pensivement. Très pensivement.</p>
<p lang="zxx">Il se leva et alla ouvrir l&#8217;un des petits placards installés sous les consoles de travail, pour en tirer un autre casque, presque identique, mais significativement plus lourd. Ce n&#8217;était pas la première fois qu&#8217;il travaillait avec Brain, et la nature même de la mission pouvait impliquer des échanges diplomatiques où la télépathe devrait créer un pont psychique entre son esprit et celui de son interlocuteur. Un bouclier mental ne servait à rien dans ces circonstances. Ce casque contenait un système de surveillance capable de détecter toute forme de contrôle mental, et activer instantanément un mécanisme conçu pour neutraliser douloureusement Brain.</p>
<p lang="zxx">Trajan sortit de la salle et referma la porte derrière lui, à gestes mesurés. Immobile, il passa le doigt sur la bordure intérieure du casque, pour y retrouver les initiales du propriétaire : <em>Simon Trajan</em>. Mais pas de temps à perdre en souvenirs. Il enfila le casque, activa l&#8217;auto-diagnostic d&#8217;étanchéité de sa combinaison et repartit vers le sas d&#8217;un pas décidé.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">La navette de l&#8217;Amiral était posée sur une falaise surplombant une large plaine plongée dans la pénombre grisâtre qui semblait régner partout sur Pyrrhus VI. En contrebas, quelques kilomètres plus loin, une des rares traces de civilisation de la planète : une ville aux bâtiments trapus qui étendait ses tentacules entre les collines environnantes. Des petites routes sinueuses s&#8217;en éloignaient avec hésitation, disparaissant dans les vallées des alentours. L&#8217;étalement urbain, dénue dé toute forme de fortification, témoignait d&#8217;une histoire pacifique.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Les capteurs militaires fonctionnaient très bien sous la chape nuageuse, mais n&#8217;identifiaient aucun objet volant à des kilomètres à la ronde. Cela ne rassurait pas Joseph Trajan sur l&#8217;avancement technologique de la civilisation autochtone.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Le lieutenant Patricius, accompagné de sa propre équipe d&#8217;intervention, s&#8217;était posté sur un sommet diamétralement opposé. Ses rapports réguliers semblaient corroborer l&#8217;analyse pessimiste de Trajan.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Un militaire enscaphandré sortit de la navette et salua poliment. Pour des raisons de protocole, les sous-officiers devaient toujours être en présence des officiers lorsqu&#8217;ils leur parlaient, même si les systèmes de communication intégrés aux scaphandres d&#8217;exploration planétaire leur auraient permis de faire leurs rapports à plusieurs kilomètres de distance.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">« <span style="font-style: normal;">Mon Amiral.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Oui ?</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Nous avons reçu le compte rendu de l&#8217;opération Saucisse Périmée.</span> »</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">L&#8217;Amiral avait un goût inacceptable pour ce qui était des noms donnés aux opérations militaires. Ses subordonnés avaient appris à vivre avec, et à garder une tête sérieuse lorsqu&#8217;ils étaient obligés de les prononcer.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">« <span style="font-style: normal;">L&#8217;opération est un succès, malgré quatre pertes humaines à déplorer. Le paquet a été embarqué dans une navette et arrivera ici dans une heure.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Très bien&#8230; »</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Trajan se gratta la barbe, ou plus précisément gratta pensivement la partie du scaphandre qui recouvrait sa barbe de deux jours. Le grincement du métal sur le métal fit tiquer imperceptiblement le militaire, toujours au garde à vous.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">« <span style="font-style: normal;">Repos. Faites préparer une conférence avec le lieutenant Patricius d&#8217;ici cinq minutes, puis mettez en place les balises d&#8217;approche pour permettre au paquet de nous rejoindre. »</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">La télépathe ne tarderait pas. Il fallait désormais préparer l&#8217;étape suivante : rejoindre les indigènes en contrebas pour étudier leur culture et trouver le moyen le plus simple pour eux d&#8217;inventer les armes de destruction massive utilisées sur Pyrrhus IV.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">De retour dans le sas, Trajan défit les attaches mécaniques qui maintenaient son casque en place. Il flottait dans la navette une odeur de plastique chaud, ainsi qu&#8217;un fumet plus subtil certainement lié à la maintenance des circuits hygiéniques. Sans prendre la peine de se débarasser de sa combinaison d&#8217;exploration, il parcourut le couloir qui menait à la salle de commandement et actionna la poignée d&#8217;accès. La grande porte métallique vira lentement sur ses gonds, et les lumières de la salle s&#8217;allumèrent de concert. La plupart des commandants auraient fait restreindre l&#8217;accès à une telle salle par des codes d&#8217;accès et une sécurité électronique, mais Trajan faisait confiance à ses hommes pour ne pas outrepasser leurs droits et ses hommes lui faisaient confiance pour trouver des punitions créatives dans le cas contraire.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">L&#8217;écran de projection était déjà allumé, et montrait le contenu d&#8217;une salle similaire dans la deuxième navette, au centre de laquelle se tenait Patricius, assis sur le fauteuil central et parcourant rapidement un rapport écrit.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Il se releva et salua aussitôt.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Trajan lui fit signe de se rasseoir. Il appréciait le protocole militaire lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de flatter son amour-propre, mais s&#8217;en passait volontiers lorsqu&#8217;il y avait urgence. Malgré leurs désaccords sur l&#8217;extermination massive d&#8217;intelligences non-humaines, Patricius restait son homme de confiance.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">« Patricius, notre petit paquet a été récupéré, il devrait arriver ici dans l&#8217;heure. Je commencerai aussitôt mon travail, et je veux que vous respectiez un silence radio absolu dans l&#8217;intervalle. Gardez un oeil ouvert, et si nous avons de la visite, envoyez-moi un message vide de contenu pour me prévenir.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Entendu. D&#8217;ici combien de temps dois-je attendre un retour de votre part ?</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Quatre heures après l&#8217;arrivée du paquet.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">- Bien reçu, amiral. Bonne chance. »</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">La visite qu&#8217;ils ne souhaitaient pas avoir,  ce n&#8217;était pas une quelconque hostilité de la part des indigènes, mais bien l&#8217;arrivée dans le système stellaire d&#8217;un quelconque vaisseau humain. L&#8217;ingérance prématurée d&#8217;une flotte impériale ou des prospecteurs de la Guilde pourrait avoir un effet dévastateur sur leur petite entreprise.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Joseph Trajan éteignit d&#8217;un claquement de doigts l&#8217;écran de projection, et regarda son casque, posé réglementairement à côté de son fauteuil. Pensivement. Très pensivement.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Il se leva et alla ouvrir l&#8217;un des petits placards installés sous les consoles de travail, pour en tirer un autre casque, presque identique, mais significativement plus lourd. Ce n&#8217;était pas la première fois qu&#8217;il travaillait avec Brain, et la nature même de la mission pouvait impliquer des échanges diplomatiques où la télépathe devrait créer un pont psychique entre son esprit et celui de son interlocuteur. Un bouclier mental ne servait à rien dans ces circonstances. Ce casque contenait un système de surveillance capable de détecter toute forme de contrôle mental, et activer instantanément un mécanisme conçu pour neutraliser douloureusement Brain.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx"><span style="font-style: normal;">Trajan sortit de la salle et referma la porte derrière lui, à gestes mesurés. Immobile, il passa le doigt sur la bordure intérieure du casque, pour y retrouver les initiales du propriétaire : </span><em>Simon Trajan</em><span style="font-style: normal;">. Mais pas de temps à perdre en souvenirs. Il enfila le casque, activa l&#8217;auto-diagnostic d&#8217;étanchéité de sa combinaison et repartit vers le sas d&#8217;un pas décidé. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
</div>
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		<title>Science-Fiction 12</title>
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		<pubDate>Sun, 03 Apr 2011 15:07:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sans Catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Ivan Ericsson. 38 ans. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la carrure de mannequin pour costumes deux pièces, la cravate bleu azur et une tache de sang s&#8217;étirant de sa narine droite au tissu blanc de sa chemise. La couleur de sa veste était assortie aux cordes qui le maintenaient confortablement installé dans son fauteuil. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">Ivan Ericsson. 38 ans. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la carrure de mannequin pour costumes deux pièces, la cravate bleu azur et une tache de sang s&#8217;étirant de sa narine droite au tissu blanc de sa chemise. La couleur de sa veste était assortie aux cordes qui le maintenaient confortablement installé dans son fauteuil.</p>
<p lang="zxx">Quelques minutes plus tôt, il s&#8217;était vu notifier un audit individuel exceptionnel, ce qui pour n&#8217;importe quel cadre sup&#8217; de la galaxie est synonyme d&#8217;ennuis politiques, aussi avait-il pris avec une grâce toute relative ses jambes à son cou, pour se retrouver nez-à-architecture avec l&#8217;intelligence artificielle du bâtiment. Qui lui avait littéralement fermé la porte au nez.</p>
<p lang="zxx">La salle de réunion prévue à cet effet aurait fait paraître un cabinet de dentiste réconfortant par comparaison. Les murs gris sagement dépourvus de fenêtres portaient ça et là des petits posters déclamant des slogans productivistes, le plafond illuminait de ses néons une moquette couleur jour de pluie, et une plante en pot survivait paisiblement dans un coin de la pièce. Devant lui, une table blanche qui modérait pudiquement sa nudité par la présence d&#8217;un épais dossier portant le nom de l&#8217;accusé. Et de l&#8217;autre côté de la table, l&#8217;inquisiteur, tout souriant qu&#8217;il était de pouvoir enfin appliquer toute sa science sur un vrai être vivant.</p>
<p lang="zxx">Le précédent inquisiteur ayant pris sa retraite, Monsieur 1738 avait personnellement recruté sur dossier une jeune recrue de la filière Torture d&#8217;une école de management réputée.</p>
<p lang="zxx">C&#8217;était son premier client.</p>
<p lang="zxx">Il sortit avec impatience un outil qui ressemblait à un presse-purée. Ivan déglutit péniblement. L&#8217;inquisiteur se demanda s&#8217;il avait fait quelque chose de mal, regarda avec inquiétude dans son sac, se rassura en comptant jusqu&#8217;à dix, puis fixa son client avec un sourire. Ivan pensa qu&#8217;il avait du potentiel, ce petit. Et que ce n&#8217;était pas une bonne nouvelle.</p>
<p lang="zxx">Vinrent rejoindre progressivement le presse-purée, une sorte de fil dentaire avec des étiquettes illisibles portant des symboles d&#8217;avertissement, une boîte grise avec des petits trous qui grognait quand on la touchait et un bout de papier. Ivan se dit que ce devait être un bout de papier très tranchant, mais son prestataire de services lui expliqua poliment qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de raison pour que le torturé soit le seul à avoir droit à un aide-mémoire.</p>
<p lang="zxx">Monsieur 1738 n&#8217;attendait pas beaucoup de cet interrogatoire. Tout au plus, sa jeune recrue se ferait les griffes sur un vrai espion, ce qui ne pouvait que profiter  à l&#8217;entreprise. Ivan Ericsson était le prétexte pour lancer un audit à l&#8217;échelle de l&#8217;organisation pour trouver le petit détail qui titillait son intuition, une enquête de cette taille ne pouvant que provoquer une panique irrémédiable chez ses actionnaires si une justification crédible ne leur était pas apportée.</p>
<p lang="zxx">Les dossiers et comptes rendus commençaient déjà à arriver, et il les vérifiait tous soigneusement. Relevés d&#8217;exploitation, rapports d&#8217;exploration, comptabilité générale, inventaires&#8230; il fallait tout parcourir à la recherche du petit détail qui expliquerait tout. Cela prendrait probablement des jours, mais il n&#8217;y avait aucune autre solution.</p>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow: hidden;">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Ivan Ericsson. 38 ans. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la carrure de mannequin pour costumes deux pièces, la cravate bleu azur et une tache de sang s&#8217;étirant de sa narine droite au tissu blanc de sa chemise. La couleur de sa veste était assortie aux cordes qui le maintenaient confortablement installé dans son fauteuil.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Quelques minutes plus tôt, il s&#8217;était vu notifier un audit individuel exceptionnel, ce qui pour n&#8217;importe quel cadre sup&#8217; de la galaxie est synonyme d&#8217;ennuis politiques, aussi avait-il pris avec une grâce toute relative ses jambes à son cou, pour se retrouver nez-à-architecture avec l&#8217;intelligence artificielle du bâtiment. Qui lui avait littéralement fermé la porte au nez.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">La salle de réunion prévue à cet effet aurait fait paraître un cabinet de dentiste réconfortant par comparaison. Les murs gris sagement dépourvus de fenêtres portaient ça et là des petits posters déclamant des slogans productivistes, le plafond illuminait de ses néons une moquette couleur <span style="font-style: normal;">jour de pluie</span>, et une plante en pot survivait paisiblement dans un coin de la pièce. Devant lui, une table blanche qui modérait pudiquement sa nudité par la présence d&#8217;un épais dossier portant le nom de l&#8217;accusé. Et de l&#8217;autre côté de la table, l&#8217;inquisiteur, tout souriant qu&#8217;il était de pouvoir enfin appliquer toute sa science sur un vrai être vivant.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Le précédent inquisiteur ayant pris sa retraite, Monsieur 1738 avait personnellement recruté sur dossier une jeune recrue de la filière Torture d&#8217;une école de management réputée.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">C&#8217;était son premier client.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Il sortit avec impatience un outil qui ressemblait à un presse-purée. Ivan déglutit péniblement. L&#8217;inquisiteur se demanda s&#8217;il avait fait quelque chose de mal, regarda avec inquiétude dans son sac, se rassura en comptant jusqu&#8217;à dix, puis fixa son client avec un sourire. Ivan pensa qu&#8217;il avait du potentiel, ce petit. Et que ce n&#8217;était pas une bonne nouvelle.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Vinrent rejoindre progressivement le presse-purée, une sorte de fil dentaire avec des étiquettes illisibles portant des symboles d&#8217;avertissement, une boîte grise avec des petits trous qui grognait quand on la touchait et un bout de papier. Ivan se dit que ce devait être un bout de papier très tranchant, mais son prestataire de services lui expliqua poliment qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de raison pour que le torturé soit le seul à avoir droit à un aide-mémoire.</p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Monsieur 1738 n&#8217;attendait pas beaucoup de cet interrogatoire. Tout au plus, sa jeune recrue se ferait les griffes sur un vrai espion, ce qui ne pouvait que profiter  à l&#8217;entreprise. Ivan Ericsson était le prétexte pour lancer un audit à l&#8217;échelle de l&#8217;organisation pour trouver le petit détail qui titillait son intuition, une enquête de cette taille ne pouvant que provoquer une panique irrémédiable chez ses actionnaires si une justification crédible ne leur était pas apportée.</p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;" lang="zxx">Les dossiers et comptes rendus commençaient déjà à arriver, et il les vérifiait tous soigneusement. Relevés d&#8217;exploitation, rapports d&#8217;exploration, comptabilité générale, inventaires&#8230; il fallait tout parcourir à la recherche du petit détail qui expliquerait tout. Cela prendrait probablement des jours, mais il n&#8217;y avait aucune autre solution.</p>
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		<title>Science-Fiction 11</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Apr 2011 15:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Never gonna give you up, never gonna let you down&#8230; » Personne n&#8217;avait entendu cela depuis une bonne poignée de siècles, hormis peut-être quelques collectionneurs ou amateurs d&#8217;antiquités. Mais Brain ressentait une petite satisfaction coupable à se révéler ainsi, dans la longue et généreuse silhouette, tactiquement dissimulée par une robe rougeoyante et surplombée de boucles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">« <em>Never gonna give you up, never gonna let you down&#8230;</em> »</p>
<p lang="zxx">Personne n&#8217;avait entendu cela depuis une bonne poignée de siècles, hormis peut-être quelques collectionneurs ou amateurs d&#8217;antiquités. Mais Brain ressentait une petite satisfaction coupable à se révéler ainsi, dans la longue et généreuse silhouette, tactiquement dissimulée par une robe rougeoyante et surplombée de boucles rousses à s&#8217;en pâmer, sur une mélodie qui cassait l&#8217;ambiance.</p>
<p lang="zxx">Les cinq militaires n&#8217;en étaient pas très loin, de la pâmoison. Elle pouvait les sentir saliver de toute la puissance de leur cerveau mammifère. Qu&#8217;une femme soit parmi eux mais n&#8217;en exulte pas moins, Brain le prenait comme un petit succès personnel, plutôt qu&#8217;un signe de la piètre qualité des boucliers psychiques. Rugueux, branlants et mal conçus, ils n&#8217;étaient que le mince emballage transparent autour de ses jouets.</p>
<p lang="zxx">La mission du commando était évidente. Elle empestait dans leurs esprits, éparpillée comme le linge sale dans une chambre d&#8217;adolescent. Ils devaient venir la capturer, puis l&#8217;emmener devant leurs chefs. Mais aucun d&#8217;eux ne savait ce que les dits chefs lui voulaient. Elle avait bien réussi à glaner quelques informations fragmentaires sur Pyrrhus IV et VI, qui étaient certes intéressantes, mais aussi rares et douloureuses que les cordes dans la maison d&#8217;un pendu.</p>
<p lang="zxx">Elle relâcha lentement son emprise sur l&#8217;esprit du colonel Cicéron. D&#8217;après ce qu&#8217;elle avait pu voir, il serait le plus à même de comprendre la situation.</p>
<p lang="zxx">Il lui répondit en lui pointant son arme dessus.</p>
<p lang="zxx">Les quatre autres soldats pointèrent leur arme sur le colonel, qui n&#8217;hésita pas une seconde. Brain n&#8217;avait pas la subtilité nécessaire pour contrôler efficacement des machines à tuer.  Les quatres pantins firent de leur mieux pour prendre des poses acrobatiques pendant les quelques instants qu&#8217;il fallut au colonel pour les abattre tous. De justesse, la télépathe l&#8217;interrompit au moment où, ses quatre co-équipiers au sol, il allait s&#8217;en prendre à elle.</p>
<p lang="zxx">Elle manquait d&#8217;entraînement, et ça se voyait.</p>
<p lang="zxx">Plus subtilement cette fois, elle implanta dans l&#8217;esprit de Cicéron la ferme conviction qu&#8217;elle s&#8217;était rendue et serait désormais inoffensive, et dissimula du mieux qu&#8217;elle le put le souvenir qu&#8217;il était venu là avec quatre autres soldats. Les paramètres de la mission n&#8217;impliquaient de la tuer qu&#8217;en dernier recours, aussi comptait-elle là-dessus pour survivre le temps qu&#8217;il se rende compte de ce qu&#8217;elle lui avait fait faire.</p>
<p lang="zxx">Elle le libéra de nouveau.</p>
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		<title>Science-Fiction 10</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Mar 2011 15:03:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Brain passa la main dans ses cheveux blonds. Elle n&#8217;avait pas vraiment de cheveux, mais la dernière femelle dont elle avait capturé l&#8217;esprit avait déteint sur elle, et ça ne pouvait lui faire de mal de s&#8217;imaginer un peu plus coquette. Depuis un bon moment déjà, elle luttait contre la solitude en explorant les souvenirs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="zxx">Brain passa la main dans ses cheveux blonds. Elle n&#8217;avait pas vraiment de cheveux, mais la dernière femelle dont elle avait capturé l&#8217;esprit avait déteint sur elle, et ça ne pouvait lui faire de mal de s&#8217;imaginer un peu plus coquette.</p>
<p lang="zxx">Depuis un bon moment déjà, elle luttait contre la solitude en explorant les souvenirs volés qu&#8217;elle avait conservé avec elle. Certes, elle avait perdu tout lien avec la réalité, mais quel était le danger ? Ses geôliers l&#8217;avaient abandonnée et, à leur éventuel retour, elle pillerait leur esprit pour s&#8217;approprier leur santé mentale.</p>
<p lang="zxx">Elle se dit qu&#8217;en rousse, c&#8217;était quand même mieux, et modifia promptement son image d&#8217;elle-même.</p>
<p lang="zxx">Brain avait bien évidemment une forme naturelle, celle qui apparaissait sur les photos et les enregistrements, et que la décence m&#8217;interdit de décrire ici. Mais par un artifice de télépathe, toutes les créatures conscientes la voyaient comme elle souhaitait être vue, ce qui améliorait grandement l&#8217;accueil qui lui était réservé.</p>
<p lang="zxx">Du coin de l&#8217;esprit, elle perçut une étincelle d&#8217;intelligence à proximité.</p>
<p lang="zxx">Elle avait un goût différent de celles qui rôdaient d&#8217;ordinaire à l&#8217;extérieur de la cellule.</p>
<p lang="zxx">En quelques secondes, quatre autre étincelles vinrent s&#8217;ajouter à la première. Des intelligences fonctionnelles mais limitées, embrumées dans leur subconscient primaire et aveuglées par un complexe de supériorité mal assumé. Des humains, sans aucun doute possible.</p>
<p lang="zxx">Avec prudence, Brain étira discrètement son esprit dans leur direction, tentant d&#8217;effleurer leurs pensées sans se faire remarquer. Et rencontra une barrière invisible, rugueuse et salée. Faute d&#8217;employer leur cerveau à autre chose que penser, les humains avaient acheté à une race d&#8217;esclavagistes les plans d&#8217;un bouclier mental. Pathétique et peu efficace mais néanmoins frustrant. Elle pourrait évidemment le contourner, mais employer à cette distance une force suffisante pour percer le bouclier pulvériserait probablement le fragile esprit qui se cachait à l&#8217;intérieur. Brain fit une petite moue, et continua de jouer avec son image.</p>
<p lang="zxx">Elle voulait être parfaite lorsque ses invités arriveraient.</p>
<p lang="zxx">Son image trouvée, elle commença à réfléchir à la musique qui accompagnerait son apparition. Son instinct lui suggérait de choisir une musique baroque, avec des choeurs et des crescendos bien placés. Cela avait toujours bien marché par le passé, pourquoi changer de recette ? Mais Brain avait envie d&#8217;autre chose. Comment espérer échapper à l&#8217;ennui en reprenant toujours les mêmes stratégies ?</p>
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		<title>Science-Fiction 9</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2011 12:37:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Dicke Helga faisait à peu près la taille d&#8217;une petite ville, et contenait – faute d&#8217;un mot plus digne – l&#8217;intégralité de la Quinzième Flotte Impériale. Et comme une petite ville, le vaisseau amiral avait des arrondissements plus recommandables que d&#8217;autres. Le septième niveau de l&#8217;aile scientifique était l&#8217;un des plus dangereux. Il était à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dicke Helga faisait à peu près la taille d&#8217;une petite ville, et contenait – faute d&#8217;un mot plus digne – l&#8217;intégralité de la Quinzième Flotte Impériale. Et comme une petite ville, le vaisseau amiral avait des arrondissements plus recommandables que d&#8217;autres.</p>
<p>Le septième niveau de l&#8217;aile scientifique était l&#8217;un des plus dangereux. Il était à l&#8217;origine conçu pour accueillir les dignitaires extra-terrestres à grands coups de barreaux de fer et de chaînes aux murs, ainsi que leurs équivalents high-tech adaptés aux créatures assez psycho-actives pour faire éternuer à un homme son propre cerveau, ou assez liquides pour passer entre des barreaux usuels. Le complexe abritait en permanence une dizaine de pensionnaires, mais tous les gardes humains avaient abandonné les lieux suite à l&#8217;évasion d&#8217;un spécimen particulièrement hargneux, condamné tous les accès hermétiquement, et laissé les robots continuer à nourrir et entretenir les prisonniers. Trajan avait bien proposé de larguer le module spatial dans son intégralité et de s&#8217;en servir pour des exercices de tir, mais Patricius avait suffisamment insisté sur l&#8217;utilité de certains extra-terrestres pour le faire changer d&#8217;avis.</p>
<p>En particulier, c&#8217;était là que se trouvait le seul télépathe de la Quinzième Flotte.</p>
<p>Cette excuse pour satisfaire le besoin réglementaire d&#8217;un télépathe par Flotte Impériale n&#8217;avait pas de nom, les membres de son espèce étant capables de dire « toi » à une assemblée de mille individus et de se faire remarquer seulement de celui à qui ils voulaient parler. Les militaires l&#8217;appellaient tout simplement « Brain » sans vraiment accorder plus d&#8217;attention que cela au sexe féminin de l&#8217;individu.</p>
<p>Quelques centaines de mètres plus loin, de l&#8217;autre côté d&#8217;une barrière étanche d&#8217;acier et de rouille, un groupe de militaires se préparait à une mission commando pour extraire Brain de sa prison et l&#8217;amener devant l&#8217;amiral Trajan. La soudaine réaction pacifiste de l&#8217;amiral envers Pyrrhus VI surprenait et inquiétait les hommes, mais bon nombre d&#8217;officiers et sous-officiers restaient aveuglément loyaux à Trajan. Le colonel Louis-André Cicéron, trois fois décoré pour Survie Inespérée en Milieux Artificiels, avait été choisi expréssément par le lieutenant amiral pour diriger les cinq soldats d&#8217;élite.</p>
<p>Leurs scaphandres hermétiquement fixés à leur armure, leurs fusils armés et prêts à transformer d&#8217;éventuels hostiles en hachis, le groupe d&#8217;intervention longeait le couloir d&#8217;accès au module scientifique et ignorait délibérément les messages d&#8217;avertissement parsemés sur le chemin vers le lobby d&#8217;accueil du septième niveau.</p>
<p>Jean-Marc Augustulus referma la porte blindée derrière eux, confirma les diagnostics d&#8217;étanchéité fournis par l&#8217;ordinateur central, et fit un signe au colonel Cicéron. Celui-ci n&#8217;eut même pas besoin de répondre, il se tourna lentement vers la porte scellée du quartier des prisonniers. La pièce était construite sur le modèle classique des pièces d&#8217;accueil, avec une porte principale blindée qui menait au reste du vaisseau, un petit bureau derrière lequel une « assistante de direction » holographique restait figée dans la même pose ridicule qu&#8217;elle occupait lors du dernier crash système, une petite salle d&#8217;attente avec des magazines surannés et des sièges inconfortables, et une petite porte qui menait vers le reste du complexe. Alain Crassus s&#8217;était fortifié derrière l&#8217;une des tables renversées de la salle d&#8217;attente, pointant son fusil gros calibre vers la porte. Bernard Néron, pour éviter le tir croisé, s&#8217;était placé en renfort à proximité de la porte, déployant son bouclier anti-émeutes et sa matraque à amplificateur de force. Jeanne Lucius serrait avec impatience la bayonnette-tronçonneuse de son fusil, postée en renfort à côté de l&#8217;hologramme figé. D&#8217;un regard bref, Louis-André Cicéron s&#8217;assura que tout été en place conformément aux procédures et dégaîna un magnum artisanal. Il ne combattait qu&#8217;avec des armes qu&#8217;il avait lui-même fabriquées, pour mieux en maîtriser les limites, le poids, la forme, l&#8217;équilibre&#8230;</p>
<p>Augustulus traversa la pièce d&#8217;un pas ferme. La petite porte arborait plus d&#8217;affiches d&#8217;avertissement que le manuel d&#8217;utilisation d&#8217;une ogive nucléaire, ainsi qu&#8217;un sceau magnétique bien en vue au centre qui la maintiendrait fermée contre vents et marées et leurs équivalents spatiaux.</p>
<p>Il fit glisser une carte dans la fente du sceau, dont le petit écran revint à la vie et sembla occupé pendant quelques secondes. Avec un buzzer appréciatif, il passa du rouge au vert et l&#8217;ensemble se détacha de la porte pour s&#8217;écraser sur le sol métallique avec un bruit sourd. D&#8217;un coup de pied, Augustulus l&#8217;envoya balader dans un coin de la pièce. Ses mains tremblaient un peu. La peur, sans doute. Il serra le poing, cherchant avec son avant-bras l&#8217;aiguille de sérum de combat incorporée à son armure. Une lueur rouge apparut sur l&#8217;épaule de son armure pour l&#8217;indiquer aux autres. Le reste du commando fit de même.</p>
<p>Avec calme, Augustulus tourna lentement les poignées métalliques pour déverouiller la porte. Un sifflement d&#8217;air comprimé s&#8217;en échappa progressivement. La porte elle-même glissa lentement sur ses gonds pour révéler un long couloir sombre.</p>
<p lang="zxx">En ordre de combat, les cinq militaires se ruèrent à l&#8217;intérieur.</p>
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		<title>Science-Fiction 8</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jan 2011 11:06:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Monsieur 1738 jonglait pensivement avec son stylet. Depuis sa réunion, cette impression sourde d&#8217;une catastrophe sur le point de survenir le démangeait horriblement. Elle l&#8217;avait poursuivi pendant son dîner d&#8217;affaires, pendant sa courte virée vespérale dans un bar à hôtesses du quartier d&#8217;affaires, pendant sa courte mais reposante nuit dans le caisson d&#8217;isolation, et pendant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Monsieur 1738 jonglait pensivement avec son stylet. Depuis sa réunion, cette impression sourde d&#8217;une catastrophe sur le point de survenir le démangeait horriblement. Elle l&#8217;avait poursuivi pendant son dîner d&#8217;affaires, pendant sa courte virée vespérale dans un bar à hôtesses du quartier d&#8217;affaires, pendant sa courte mais reposante nuit dans le caisson d&#8217;isolation, et pendant sa dose matinale de café. De retour à son bureau, il repassait en revue par la pensée les milliers de points faibles de son organisation, cherchant à identifier le problème sans lancer une enquête qui inquiéterait ses subalternes.</p>
<p>L&#8217;espace d&#8217;un instant, il laissa son regard vagabonder de l&#8217;autre côté de l&#8217;immense fenêtre, courir sur les grands murs de verre des gratte-ciels du quartier dans la lumière rose de l&#8217;aurore. En face, la tour de <em>Genesis</em>, branche de la Guilde spécialisée dans le génie génétique, se distinguait par sa structure hélicoidale qui, 1738 en était certain, faisait référence à quelque chose. Un peu plus loin, trois tours presque identiques portaient le logo rouge et vert de <em>Controleo</em>, l&#8217;agence de marketing interne à la Guilde. En contrebas, des bâtiments plus petits hébergeaient les firmes, filiales, branches mineures et rachats récents de la Guilde, et toutes ces constructions perdaient leurs racines dans la canopée d&#8217;une forêt luxuriante entrecoupée de lacs paradisiaques et de clairières paisibles. La présence incongrue d&#8217;espaces verts aussi nombreux sur une planète dont tout le monde se serait attendu de la trouver recouverte d&#8217;une épaisse couche de béton et de ciment était le travail de <em>Terraformeo</em>, la branche soeur de <em>Prospecteo</em> dirigée par Olga Mundsdotter, une Immortelle qui lorgnait depuis quelques années sur le poste que Monsieur 1738 occupait avec tant de finesse.</p>
<p>Quelques décennies auparavant, <em>Terraformeo</em> était une petite entreprise multi-planétaire indépendante qui avait gagné le contrat inespéré de terraformer Artemis II, la planète qui servait de siège social à la Guilde. Mais si Mundsdotter voulait en faire le premier pas vers l&#8217;expansion de <em>Terraformeo</em> – appellée, elle l&#8217;espérait, à terraformer les nombreux mondes qui tomberaient dans les griffes de la Guilde – la politique de <em>Prospecteo</em> était de piller les mondes  pour en extraire la substantificque matière première sans aucune volonté de les rendre habitables. <em>Terraformeo</em> restait à ce jour principalement cantonnée à un travail de concierge et jardinier d&#8217;Artemis II, et un unique contrat planétaire, aussi impressionnant soit-il, n&#8217;était pas à la hauteur des ambitions de Mundsdotter.</p>
<p>Et depuis son intronisation, la quasi-totalité des « accidents » que Monsieur 1738 avait eu à traiter étaient des manoeuvres plus ou moins subtiles d&#8217;Olga Mundsdotter pour saboter l&#8217;influence et la réputation de <em>Prospecteo</em>. Il les avait à chaque fois identifié facilement en se demandant ce qu&#8217;il ferait à la place d&#8217;Olga. Mais cette fois, c&#8217;était différent : aucune des failles apparentes de sa firme ne semblaient avoir été exploitées par une intelligence malveillante. Il sentait approcher la catastrophe, et son intuition mutante était passée de l&#8217;avertissement calme à la panique impuissante.</p>
<p>Il se rendit lentement à l&#8217;évidence : seul, il ne trouverait jamais la menace qui pesait sur <em>Prospecteo</em>. D&#8217;un geste léger, il fit signe au tiroir de son bureau de s&#8217;ouvrir, et plongea la main dedans pour en tirer un dossier – l&#8217;usage du papier était désormais une chose très originale, avec l&#8217;apparition des intelligences artificielles, qui signifiait en général qu&#8217;on ne faisait pas assez confiance aux machines pour garder les informations qui s&#8217;y trouvaient secrètes.</p>
<p>« Ivan Ericsson » apparaissait en grandes lettres noires sur la couverture d&#8217;un marron cartonné. Le vice-président des relations publiques de <em>Prospecteo</em>. Un espion à la solde de Mundsdotter depuis le début, que Monsieur 1738 avait laissé à son poste pour s&#8217;en servir plus tard, en laissant s&#8217;étoffer un dossier de contre-espionnage particulièrement juteux. Le moment était venu.</p>
<p>D&#8217;un geste élégant, Monsieur 1738 indiqua au tiroir de se refermer, puis se leva pour s&#8217;installer à la fenêtre. Debout devant le soleil levant, il posa le doigt sur son communicateur.</p>
<p>« Anne.<br />
- Monsieur ?<br />
- Mes services m&#8217;informent d&#8217;un cas d&#8217;espionnage industriel. Pouvez-vous lancer une procédure d&#8217;inquisition d&#8217;urgence ? Nous avons besoin de savoir exactement la portée de ce cas.<br />
- Bien, monsieur. »</p>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px; overflow: hidden;">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">Monsieur 1738 jonglait pensivement avec son stylet. Depuis sa réunion, cette impression sourde d&#8217;une catastrophe sur le point de survenir le démangeait horriblement. Elle l&#8217;avait poursuivi pendant son dîner d&#8217;affaires, pendant sa courte virée vespérale dans un bar à hôtesses du quartier d&#8217;affaires, pendant sa courte mais reposante nuit dans le caisson d&#8217;isolation, et pendant sa dose matinale de café. De retour à son bureau, il repassait en revue par la pensée les milliers de points faibles de son organisation, cherchant à identifier le problème sans lancer une enquête qui inquiéterait ses subalternes.</span></span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;">
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">L&#8217;espace d&#8217;un instant, il laissa son regard vagabonder de l&#8217;autre côté de l&#8217;immense fenêtre, courir sur les grands murs de verre des gratte-ciels du quartier dans la lumière rose de l&#8217;aurore. En face, la tour de <em>Genesis</em>, branche de la Guilde spécialisée dans le génie génétique, se distinguait par sa structure hélicoidale qui, 1738 en était certain, faisait référence à quelque chose. Un peu plus loin, trois tours presque identiques portaient le logo rouge et vert de <em>Controleo</em>, l&#8217;agence de marketing interne à la Guilde. En contrebas, des bâtiments plus petits hébergeaient les firmes, filiales, branches mineures et rachats récents de la Guilde, et toutes ces constructions perdaient leurs racines dans la canopée d&#8217;une forêt luxuriante entrecoupée de lacs paradisiaques et de clairières paisibles. La présence incongrue d&#8217;espaces verts aussi nombreux sur une planète dont tout le monde se serait attendu de la trouver recouverte d&#8217;une épaisse couche de béton et de ciment était le travail de <em>Terraformeo</em>, la branche soeur de <em>Prospecteo</em> dirigée par Olga Mundsdotter, une Immortelle qui lorgnait depuis quelques années sur le poste que Monsieur 1738 occupait avec tant de finesse.</span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">Quelques décennies auparavant, <em>Terraformeo</em> était une petite entreprise multi-planétaire indépendante qui avait gagné le contrat inespéré de terraformer Artemis II, la planète qui servait de siège social à la Guilde. Mais si Mundsdotter voulait en faire le premier pas vers l&#8217;expansion de <em>Terraformeo</em> – appellée, elle l&#8217;espérait, à terraformer les nombreux mondes qui tomberaient dans les griffes de la Guilde – la politique de <em>Prospecteo</em> était de piller les mondes  pour en extraire la substantificque matière première sans aucune volonté de les rendre habitables. <em>Terraformeo</em> restait à ce jour principalement cantonnée à un travail de concierge et jardinier d&#8217;Artemis II, et un unique contrat planétaire, aussi impressionnant soit-il, n&#8217;était pas à la hauteur des ambitions de Mundsdotter.</span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">Et depuis son intronisation, la quasi-totalité des « accidents » que Monsieur 1738 avait eu à traiter étaient des manoeuvres plus ou moins subtiles d&#8217;Olga Mundsdotter pour saboter l&#8217;influence et la réputation de <em>Prospecteo</em>. Il les avait à chaque fois identifié facilement en se demandant ce qu&#8217;il ferait à la place d&#8217;Olga. Mais cette fois, c&#8217;était différent : aucune des failles apparentes de sa firme ne semblaient avoir été exploitées par une intelligence malveillante. Il sentait approcher la catastrophe, et son intuition mutante était passée de l&#8217;avertissement calme à la panique impuissante. </span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">Il se rendit lentement à l&#8217;évidence : seul, il ne trouverait jamais la menace qui pesait sur <em>Prospecteo</em>. D&#8217;un geste léger, il fit signe au tiroir de son bureau de s&#8217;ouvrir, et plongea la main dedans pour en tirer un dossier – l&#8217;usage du papier était désormais une chose très originale, avec l&#8217;apparition des intelligences artificielles, qui signifiait en général qu&#8217;on ne faisait pas assez confiance aux machines pour garder les informations qui s&#8217;y trouvaient secrètes.</span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">« Ivan Ericsson » apparaissait en grandes lettres noires sur la couverture d&#8217;un marron cartonné. Le vice-président des relations publiques de <em>Prospecteo</em>. Un espion à la solde de Mundsdotter depuis le début, que Monsieur 1738 avait laissé à son poste pour s&#8217;en servir plus tard, en laissant s&#8217;étoffer un dossier de contre-espionnage particulièrement juteux. Le moment était venu.</span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">D&#8217;un geste élégant, Monsieur 1738 indiqua au tiroir de se refermer, puis se leva pour s&#8217;installer à la fenêtre. Debout devant le soleil levant, il posa le doigt sur son communicateur.</span></span></p>
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<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">« Anne.</span></span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">- Monsieur ?</span></span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">- Mes services m&#8217;informent d&#8217;un cas d&#8217;espionnage industriel. Pouvez-vous lancer une procédure d&#8217;inquisition d&#8217;urgence ? Nous avons besoin de savoir exactement la portée de ce cas.</span></span></p>
<p style="margin-bottom: 0in; line-height: 150%;"><span style="font-family: Tahoma,sans-serif;"><span style="font-size: small;">- Bien, monsieur. »</span></span></p>
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		<title>Science-Fiction 7</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 12:53:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Goric ne savait pas ce que c&#8217;était. Mais c&#8217;était absolument délicieux. L&#8217;immense caisson était tombé des nuages puis, s&#8217;accroupissant avec élégance sur un roc un peu plat, s&#8217;était fendu. De son intérieur lumineux étaient sorties des créatures d&#8217;un autre monde. Toujours curieux et confortablement indestructible, Goric s&#8217;était approché pour en savoir plus. Bien que venues [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Goric ne savait pas ce que c&#8217;était. Mais c&#8217;était absolument délicieux. L&#8217;immense caisson était tombé des nuages puis, s&#8217;accroupissant avec élégance sur un roc un peu plat, s&#8217;était fendu. De son intérieur lumineux étaient sorties des créatures d&#8217;un autre monde. Toujours curieux et confortablement indestructible, Goric s&#8217;était approché pour en savoir plus. Bien que venues d&#8217;ailleurs, ces créatures étaient capables de penser, et si le sens de leurs réflexions restait incompréhensible à une telle distance, leur saveur était incomparable.</p>
<p>« Vous voyez quelque chose, Lieutenant ?<br />
- Non, mon Amiral.<br />
- Il n&#8217;y a que des rochers et du sable à perte de vue. C&#8217;est une planète désertique ! »</p>
<p>Le paysage n&#8217;était pas très rassurant. En fait, le paysage n&#8217;était pas grand-chose, à cause de l&#8217;épaisse brume grise qui flottait à quelques mètres au-dessus du sol, masquant les sommets des formations rocheuses environnantes et plongeant la scène dans une pénombre digne d&#8217;un film-catastrophe. Passivement lové entre deux rochers, hors de vue des nouveaux arrivants, Goric se délectait silencieusement. Si les personnalités avaient un goût, alors celle de Joseph Trajan avait cet arôme de chocolat noir amer à en pleurer que les amateurs savaient apprécier à sa juste valeur, tandis que celle de Luc Patricius cachait derrière un banal goût de vanille la douce irritation d&#8217;un zeste de citron frais.</p>
<p>« Amiral, nous n&#8217;avons vu pour l&#8217;instant qu&#8217;une fraction infime de la surface. Toutes les planètes ont des déserts, nous n&#8217;avons peut-être tout simplement pas eu de chance. »</p>
<p>Ah, la rigueur salée d&#8217;une pensée rationnelle. C&#8217;était une saveur que Goric n&#8217;attendait pas, mais cela ne le dérangeait pas outre mesure. En face, l&#8217;amertume se mêlait doucement à un goût plus fort, plus acide, plus pimenté. Remis à sa place, Patricius laissait une impression de coton sans goût ni saveur. Ou presque. Il se cachait tout au fond de cet esprit une graine à l&#8217;arôme enivrant, et Goric sut aussitôt que jamais il n&#8217;en trouverait de plus délicieuse.</p>
<p>L&#8217;une des créatures, qui examinait les environs perchée sur une sorte d&#8217;escabeau, annonça quelque chose aux deux autres, puis les trois retournèrent dans le caisson d&#8217;où elles étaient sorties, et celui-ci reprit son chemin à travers les nuages en direction de …</p>
<p>Goric partit en courant dans la direction opposée.</p>
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		<title>Science-Fiction 6</title>
		<link>http://www.hibou-apocalypse.fr/2011/01/19/sf-6/</link>
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		<pubDate>Wed, 19 Jan 2011 12:49:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le Hibou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sans Catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[« C&#8217;est une idée stupide, lieutenant. - C&#8217;est la meilleure que nous ayons, mon amiral. » Dans un élan de fourberie qui n&#8217;avait pu lui être insufflé que par l&#8217;approche perceptible du peloton d&#8217;exécution, Patricius avait suggéré de faire porter le chapeau au seul coupable sur lequel la Guilde n&#8217;avait pour l&#8217;instant aucune information. Et avec toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« C&#8217;est une idée stupide, lieutenant.<br />
- C&#8217;est la meilleure que nous ayons, mon amiral. »</p>
<p>Dans un élan de fourberie qui n&#8217;avait pu lui être insufflé que par l&#8217;approche perceptible du peloton d&#8217;exécution, Patricius avait suggéré de faire porter le chapeau au seul coupable sur lequel la Guilde n&#8217;avait pour l&#8217;instant aucune information. Et avec toute la grâce et le confort d&#8217;un camion-benne, le vaisseau amiral Dicke Helga quittait son orbite basse autour de Pyrrhus IV pour se rendre à sa nouvelle destination.</p>
<p>Le plan de Patricius était simple en apparence : prendre contact avec la civilisation de Pyrrhus VI et leur expliquer comment produire des armes à fusion, afin de pouvoir les montrer innocemment du doigt lorsque les enquêteurs de <em>Prospecteo</em> arriveraient. Tout ceci impliquait bien évidemment que les autochtones aient dépassé le stade néolithique.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on se retrouve à voir régulièrement des planètes différentes, on finit par acquérir des préférences en matière de corps célestes. Certains s&#8217;éprennent de la douceur marbrée des grandes planètes gazeuses à l&#8217;atmosphère d&#8217;ambre et de sang. D&#8217;autres au contraire trouvent hideuse la nudité bleuâtre des petites planètes de glace en bordure des systèmes stellaires. Joseph Trajan, s&#8217;il haïssait tous les astres, avait lui-même ses préférences en la matière, et les nuages noirs de Pyrrhus VI prenaient place sur l&#8217;un des barreaux les plus bas de son échelle de valeurs. Une bonne grosse planète tellurique pesant bien deux masses terrestres, celle-ci se trouvait juste assez loin de son étoile pour justifier une tenue d&#8217;exploration polaire, si la teinte maladive de son atmosphère n&#8217;avait pas piégé la majeure partie de la chaleur qu&#8217;elle recevait.</p>
<p>Mais surtout, Pyrrhus VI se faisait remarquer par l&#8217;absence complète de tout satellite, naturel ou artificiel. Pas une lune pour décrire une ellipse paresseuse et inspirer les poètes, pas un émetteur pour assurer la rediffusion des évènements sportifs, pas une météorite pour menacer d&#8217;extinction la vie à la surface de la planète. C&#8217;était, dans la vision étroite de la culture anthropo-centrique, un signe évident d&#8217;arriération: une orbite planétaire généreusement encombrée était presque exigée pour passer pour modérément civilisé, et les humains voyaient dans un tel dénuement un manque inadmissible de pudeur.</p>
<p>Joseph Trajan avait donc de très bonnes raisons de tourner autour du petit bouton rouge comme une guêpe autour d&#8217;un pique-nique en plein air. À chaque nouvelle annonce des paramètres d&#8217;approche, il jetait un regard impatient en direction de son lieutenant, qui lui répondait par une moue suppliante. Dicke Helga arriva finalement en orbite basse sans que Pyrrhus VI soit annihilée, ce qui resterait pour Trajan l&#8217;une des plus grandes épreuves surmontées de son vivant. Avec le petit soupir d&#8217;un enfant privé de dessert, l&#8217;amiral referma le boîtier de contrôle des torpilles à fusion confortablement installé dans l&#8217;accoudoir de son fauteuil.</p>
<p>« J&#8217;espère qu&#8217;ils auront l&#8217;air à peu près humain. »</p>
<p>Quelques minutes plus tard, une navette quittait le vaisseau amiral pour plonger vers les nuages noirs en contrebas.</p>
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