Science-Fiction 13

La navette de l’Amiral était posée sur une falaise surplombant une large plaine plongée dans la pénombre grisâtre qui semblait régner partout sur Pyrrhus VI. En contrebas, quelques kilomètres plus loin, une des rares traces de civilisation de la planète : une ville aux bâtiments trapus qui étendait ses tentacules entre les collines environnantes. Des petites routes sinueuses s’en éloignaient avec hésitation, disparaissant dans les vallées des alentours. L’étalement urbain, dénue dé toute forme de fortification, témoignait d’une histoire pacifique.

Les capteurs militaires fonctionnaient très bien sous la chape nuageuse, mais n’identifiaient aucun objet volant à des kilomètres à la ronde. Cela ne rassurait pas Joseph Trajan sur l’avancement technologique de la civilisation autochtone.

Le lieutenant Patricius, accompagné de sa propre équipe d’intervention, s’était posté sur un sommet diamétralement opposé. Ses rapports réguliers semblaient corroborer l’analyse pessimiste de Trajan.

Un militaire enscaphandré sortit de la navette et salua poliment. Pour des raisons de protocole, les sous-officiers devaient toujours être en présence des officiers lorsqu’ils leur parlaient, même si les systèmes de communication intégrés aux scaphandres d’exploration planétaire leur auraient permis de faire leurs rapports à plusieurs kilomètres de distance.

« Mon Amiral.

- Oui ?

- Nous avons reçu le compte rendu de l’opération Saucisse Périmée. »

L’Amiral avait un goût inacceptable pour ce qui était des noms donnés aux opérations militaires. Ses subordonnés avaient appris à vivre avec, et à garder une tête sérieuse lorsqu’ils étaient obligés de les prononcer.

« L’opération est un succès, malgré quatre pertes humaines à déplorer. Le paquet a été embarqué dans une navette et arrivera ici dans une heure.

- Très bien… »

Trajan se gratta la barbe, ou plus précisément gratta pensivement la partie du scaphandre qui recouvrait sa barbe de deux jours. Le grincement du métal sur le métal fit tiquer imperceptiblement le militaire, toujours au garde à vous.

« Repos. Faites préparer une conférence avec le lieutenant Patricius d’ici cinq minutes, puis mettez en place les balises d’approche pour permettre au paquet de nous rejoindre. »

La télépathe ne tarderait pas. Il fallait désormais préparer l’étape suivante : rejoindre les indigènes en contrebas pour étudier leur culture et trouver le moyen le plus simple pour eux d’inventer les armes de destruction massive utilisées sur Pyrrhus IV.

De retour dans le sas, Trajan défit les attaches mécaniques qui maintenaient son casque en place. Il flottait dans la navette une odeur de plastique chaud, ainsi qu’un fumet plus subtil certainement lié à la maintenance des circuits hygiéniques. Sans prendre la peine de se débarasser de sa combinaison d’exploration, il parcourut le couloir qui menait à la salle de commandement et actionna la poignée d’accès. La grande porte métallique vira lentement sur ses gonds, et les lumières de la salle s’allumèrent de concert. La plupart des commandants auraient fait restreindre l’accès à une telle salle par des codes d’accès et une sécurité électronique, mais Trajan faisait confiance à ses hommes pour ne pas outrepasser leurs droits et ses hommes lui faisaient confiance pour trouver des punitions créatives dans le cas contraire.

L’écran de projection était déjà allumé, et montrait le contenu d’une salle similaire dans la deuxième navette, au centre de laquelle se tenait Patricius, assis sur le fauteuil central et parcourant rapidement un rapport écrit.

Il se releva et salua aussitôt.

Trajan lui fit signe de se rasseoir. Il appréciait le protocole militaire lorsqu’il s’agissait de flatter son amour-propre, mais s’en passait volontiers lorsqu’il y avait urgence. Malgré leurs désaccords sur l’extermination massive d’intelligences non-humaines, Patricius restait son homme de confiance.

« Patricius, notre petit paquet a été récupéré, il devrait arriver ici dans l’heure. Je commencerai aussitôt mon travail, et je veux que vous respectiez un silence radio absolu dans l’intervalle. Gardez un oeil ouvert, et si nous avons de la visite, envoyez-moi un message vide de contenu pour me prévenir.

- Entendu. D’ici combien de temps dois-je attendre un retour de votre part ?

- Quatre heures après l’arrivée du paquet.

- Bien reçu, amiral. Bonne chance. »

La visite qu’ils ne souhaitaient pas avoir, ce n’était pas une quelconque hostilité de la part des indigènes, mais bien l’arrivée dans le système stellaire d’un quelconque vaisseau humain. L’ingérance prématurée d’une flotte impériale ou des prospecteurs de la Guilde pourrait avoir un effet dévastateur sur leur petite entreprise.

Joseph Trajan éteignit d’un claquement de doigts l’écran de projection, et regarda son casque, posé réglementairement à côté de son fauteuil. Pensivement. Très pensivement.

Il se leva et alla ouvrir l’un des petits placards installés sous les consoles de travail, pour en tirer un autre casque, presque identique, mais significativement plus lourd. Ce n’était pas la première fois qu’il travaillait avec Brain, et la nature même de la mission pouvait impliquer des échanges diplomatiques où la télépathe devrait créer un pont psychique entre son esprit et celui de son interlocuteur. Un bouclier mental ne servait à rien dans ces circonstances. Ce casque contenait un système de surveillance capable de détecter toute forme de contrôle mental, et activer instantanément un mécanisme conçu pour neutraliser douloureusement Brain.

Trajan sortit de la salle et referma la porte derrière lui, à gestes mesurés. Immobile, il passa le doigt sur la bordure intérieure du casque, pour y retrouver les initiales du propriétaire : Simon Trajan. Mais pas de temps à perdre en souvenirs. Il enfila le casque, activa l’auto-diagnostic d’étanchéité de sa combinaison et repartit vers le sas d’un pas décidé.

La navette de l’Amiral était posée sur une falaise surplombant une large plaine plongée dans la pénombre grisâtre qui semblait régner partout sur Pyrrhus VI. En contrebas, quelques kilomètres plus loin, une des rares traces de civilisation de la planète : une ville aux bâtiments trapus qui étendait ses tentacules entre les collines environnantes. Des petites routes sinueuses s’en éloignaient avec hésitation, disparaissant dans les vallées des alentours. L’étalement urbain, dénue dé toute forme de fortification, témoignait d’une histoire pacifique.

Les capteurs militaires fonctionnaient très bien sous la chape nuageuse, mais n’identifiaient aucun objet volant à des kilomètres à la ronde. Cela ne rassurait pas Joseph Trajan sur l’avancement technologique de la civilisation autochtone.

Le lieutenant Patricius, accompagné de sa propre équipe d’intervention, s’était posté sur un sommet diamétralement opposé. Ses rapports réguliers semblaient corroborer l’analyse pessimiste de Trajan.

Un militaire enscaphandré sortit de la navette et salua poliment. Pour des raisons de protocole, les sous-officiers devaient toujours être en présence des officiers lorsqu’ils leur parlaient, même si les systèmes de communication intégrés aux scaphandres d’exploration planétaire leur auraient permis de faire leurs rapports à plusieurs kilomètres de distance.

« Mon Amiral.

- Oui ?

- Nous avons reçu le compte rendu de l’opération Saucisse Périmée. »

L’Amiral avait un goût inacceptable pour ce qui était des noms donnés aux opérations militaires. Ses subordonnés avaient appris à vivre avec, et à garder une tête sérieuse lorsqu’ils étaient obligés de les prononcer.

« L’opération est un succès, malgré quatre pertes humaines à déplorer. Le paquet a été embarqué dans une navette et arrivera ici dans une heure.

- Très bien… »

Trajan se gratta la barbe, ou plus précisément gratta pensivement la partie du scaphandre qui recouvrait sa barbe de deux jours. Le grincement du métal sur le métal fit tiquer imperceptiblement le militaire, toujours au garde à vous.

« Repos. Faites préparer une conférence avec le lieutenant Patricius d’ici cinq minutes, puis mettez en place les balises d’approche pour permettre au paquet de nous rejoindre. »

La télépathe ne tarderait pas. Il fallait désormais préparer l’étape suivante : rejoindre les indigènes en contrebas pour étudier leur culture et trouver le moyen le plus simple pour eux d’inventer les armes de destruction massive utilisées sur Pyrrhus IV.

De retour dans le sas, Trajan défit les attaches mécaniques qui maintenaient son casque en place. Il flottait dans la navette une odeur de plastique chaud, ainsi qu’un fumet plus subtil certainement lié à la maintenance des circuits hygiéniques. Sans prendre la peine de se débarasser de sa combinaison d’exploration, il parcourut le couloir qui menait à la salle de commandement et actionna la poignée d’accès. La grande porte métallique vira lentement sur ses gonds, et les lumières de la salle s’allumèrent de concert. La plupart des commandants auraient fait restreindre l’accès à une telle salle par des codes d’accès et une sécurité électronique, mais Trajan faisait confiance à ses hommes pour ne pas outrepasser leurs droits et ses hommes lui faisaient confiance pour trouver des punitions créatives dans le cas contraire.

L’écran de projection était déjà allumé, et montrait le contenu d’une salle similaire dans la deuxième navette, au centre de laquelle se tenait Patricius, assis sur le fauteuil central et parcourant rapidement un rapport écrit.

Il se releva et salua aussitôt.

Trajan lui fit signe de se rasseoir. Il appréciait le protocole militaire lorsqu’il s’agissait de flatter son amour-propre, mais s’en passait volontiers lorsqu’il y avait urgence. Malgré leurs désaccords sur l’extermination massive d’intelligences non-humaines, Patricius restait son homme de confiance.

« Patricius, notre petit paquet a été récupéré, il devrait arriver ici dans l’heure. Je commencerai aussitôt mon travail, et je veux que vous respectiez un silence radio absolu dans l’intervalle. Gardez un oeil ouvert, et si nous avons de la visite, envoyez-moi un message vide de contenu pour me prévenir.

- Entendu. D’ici combien de temps dois-je attendre un retour de votre part ?

- Quatre heures après l’arrivée du paquet.

- Bien reçu, amiral. Bonne chance. »

La visite qu’ils ne souhaitaient pas avoir, ce n’était pas une quelconque hostilité de la part des indigènes, mais bien l’arrivée dans le système stellaire d’un quelconque vaisseau humain. L’ingérance prématurée d’une flotte impériale ou des prospecteurs de la Guilde pourrait avoir un effet dévastateur sur leur petite entreprise.

Joseph Trajan éteignit d’un claquement de doigts l’écran de projection, et regarda son casque, posé réglementairement à côté de son fauteuil. Pensivement. Très pensivement.

Il se leva et alla ouvrir l’un des petits placards installés sous les consoles de travail, pour en tirer un autre casque, presque identique, mais significativement plus lourd. Ce n’était pas la première fois qu’il travaillait avec Brain, et la nature même de la mission pouvait impliquer des échanges diplomatiques où la télépathe devrait créer un pont psychique entre son esprit et celui de son interlocuteur. Un bouclier mental ne servait à rien dans ces circonstances. Ce casque contenait un système de surveillance capable de détecter toute forme de contrôle mental, et activer instantanément un mécanisme conçu pour neutraliser douloureusement Brain.

Trajan sortit de la salle et referma la porte derrière lui, à gestes mesurés. Immobile, il passa le doigt sur la bordure intérieure du casque, pour y retrouver les initiales du propriétaire : Simon Trajan. Mais pas de temps à perdre en souvenirs. Il enfila le casque, activa l’auto-diagnostic d’étanchéité de sa combinaison et repartit vers le sas d’un pas décidé.

Gémissez!

Aucn gémissement.

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