Ivan Ericsson. 38 ans. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la carrure de mannequin pour costumes deux pièces, la cravate bleu azur et une tache de sang s’étirant de sa narine droite au tissu blanc de sa chemise. La couleur de sa veste était assortie aux cordes qui le maintenaient confortablement installé dans son fauteuil.
Quelques minutes plus tôt, il s’était vu notifier un audit individuel exceptionnel, ce qui pour n’importe quel cadre sup’ de la galaxie est synonyme d’ennuis politiques, aussi avait-il pris avec une grâce toute relative ses jambes à son cou, pour se retrouver nez-à-architecture avec l’intelligence artificielle du bâtiment. Qui lui avait littéralement fermé la porte au nez.
La salle de réunion prévue à cet effet aurait fait paraître un cabinet de dentiste réconfortant par comparaison. Les murs gris sagement dépourvus de fenêtres portaient ça et là des petits posters déclamant des slogans productivistes, le plafond illuminait de ses néons une moquette couleur jour de pluie, et une plante en pot survivait paisiblement dans un coin de la pièce. Devant lui, une table blanche qui modérait pudiquement sa nudité par la présence d’un épais dossier portant le nom de l’accusé. Et de l’autre côté de la table, l’inquisiteur, tout souriant qu’il était de pouvoir enfin appliquer toute sa science sur un vrai être vivant.
Le précédent inquisiteur ayant pris sa retraite, Monsieur 1738 avait personnellement recruté sur dossier une jeune recrue de la filière Torture d’une école de management réputée.
C’était son premier client.
Il sortit avec impatience un outil qui ressemblait à un presse-purée. Ivan déglutit péniblement. L’inquisiteur se demanda s’il avait fait quelque chose de mal, regarda avec inquiétude dans son sac, se rassura en comptant jusqu’à dix, puis fixa son client avec un sourire. Ivan pensa qu’il avait du potentiel, ce petit. Et que ce n’était pas une bonne nouvelle.
Vinrent rejoindre progressivement le presse-purée, une sorte de fil dentaire avec des étiquettes illisibles portant des symboles d’avertissement, une boîte grise avec des petits trous qui grognait quand on la touchait et un bout de papier. Ivan se dit que ce devait être un bout de papier très tranchant, mais son prestataire de services lui expliqua poliment qu’il n’y avait pas de raison pour que le torturé soit le seul à avoir droit à un aide-mémoire.
Monsieur 1738 n’attendait pas beaucoup de cet interrogatoire. Tout au plus, sa jeune recrue se ferait les griffes sur un vrai espion, ce qui ne pouvait que profiter à l’entreprise. Ivan Ericsson était le prétexte pour lancer un audit à l’échelle de l’organisation pour trouver le petit détail qui titillait son intuition, une enquête de cette taille ne pouvant que provoquer une panique irrémédiable chez ses actionnaires si une justification crédible ne leur était pas apportée.
Les dossiers et comptes rendus commençaient déjà à arriver, et il les vérifiait tous soigneusement. Relevés d’exploitation, rapports d’exploration, comptabilité générale, inventaires… il fallait tout parcourir à la recherche du petit détail qui expliquerait tout. Cela prendrait probablement des jours, mais il n’y avait aucune autre solution.
Ivan Ericsson. 38 ans. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la carrure de mannequin pour costumes deux pièces, la cravate bleu azur et une tache de sang s’étirant de sa narine droite au tissu blanc de sa chemise. La couleur de sa veste était assortie aux cordes qui le maintenaient confortablement installé dans son fauteuil.
Quelques minutes plus tôt, il s’était vu notifier un audit individuel exceptionnel, ce qui pour n’importe quel cadre sup’ de la galaxie est synonyme d’ennuis politiques, aussi avait-il pris avec une grâce toute relative ses jambes à son cou, pour se retrouver nez-à-architecture avec l’intelligence artificielle du bâtiment. Qui lui avait littéralement fermé la porte au nez.
La salle de réunion prévue à cet effet aurait fait paraître un cabinet de dentiste réconfortant par comparaison. Les murs gris sagement dépourvus de fenêtres portaient ça et là des petits posters déclamant des slogans productivistes, le plafond illuminait de ses néons une moquette couleur jour de pluie, et une plante en pot survivait paisiblement dans un coin de la pièce. Devant lui, une table blanche qui modérait pudiquement sa nudité par la présence d’un épais dossier portant le nom de l’accusé. Et de l’autre côté de la table, l’inquisiteur, tout souriant qu’il était de pouvoir enfin appliquer toute sa science sur un vrai être vivant.
Le précédent inquisiteur ayant pris sa retraite, Monsieur 1738 avait personnellement recruté sur dossier une jeune recrue de la filière Torture d’une école de management réputée.
C’était son premier client.
Il sortit avec impatience un outil qui ressemblait à un presse-purée. Ivan déglutit péniblement. L’inquisiteur se demanda s’il avait fait quelque chose de mal, regarda avec inquiétude dans son sac, se rassura en comptant jusqu’à dix, puis fixa son client avec un sourire. Ivan pensa qu’il avait du potentiel, ce petit. Et que ce n’était pas une bonne nouvelle.
Vinrent rejoindre progressivement le presse-purée, une sorte de fil dentaire avec des étiquettes illisibles portant des symboles d’avertissement, une boîte grise avec des petits trous qui grognait quand on la touchait et un bout de papier. Ivan se dit que ce devait être un bout de papier très tranchant, mais son prestataire de services lui expliqua poliment qu’il n’y avait pas de raison pour que le torturé soit le seul à avoir droit à un aide-mémoire.
Monsieur 1738 n’attendait pas beaucoup de cet interrogatoire. Tout au plus, sa jeune recrue se ferait les griffes sur un vrai espion, ce qui ne pouvait que profiter à l’entreprise. Ivan Ericsson était le prétexte pour lancer un audit à l’échelle de l’organisation pour trouver le petit détail qui titillait son intuition, une enquête de cette taille ne pouvant que provoquer une panique irrémédiable chez ses actionnaires si une justification crédible ne leur était pas apportée.
Les dossiers et comptes rendus commençaient déjà à arriver, et il les vérifiait tous soigneusement. Relevés d’exploitation, rapports d’exploration, comptabilité générale, inventaires… il fallait tout parcourir à la recherche du petit détail qui expliquerait tout. Cela prendrait probablement des jours, mais il n’y avait aucune autre solution.
Aucn gémissement.