Science-Fiction 11

« Never gonna give you up, never gonna let you down… »

Personne n’avait entendu cela depuis une bonne poignée de siècles, hormis peut-être quelques collectionneurs ou amateurs d’antiquités. Mais Brain ressentait une petite satisfaction coupable à se révéler ainsi, dans la longue et généreuse silhouette, tactiquement dissimulée par une robe rougeoyante et surplombée de boucles rousses à s’en pâmer, sur une mélodie qui cassait l’ambiance.

Les cinq militaires n’en étaient pas très loin, de la pâmoison. Elle pouvait les sentir saliver de toute la puissance de leur cerveau mammifère. Qu’une femme soit parmi eux mais n’en exulte pas moins, Brain le prenait comme un petit succès personnel, plutôt qu’un signe de la piètre qualité des boucliers psychiques. Rugueux, branlants et mal conçus, ils n’étaient que le mince emballage transparent autour de ses jouets.

La mission du commando était évidente. Elle empestait dans leurs esprits, éparpillée comme le linge sale dans une chambre d’adolescent. Ils devaient venir la capturer, puis l’emmener devant leurs chefs. Mais aucun d’eux ne savait ce que les dits chefs lui voulaient. Elle avait bien réussi à glaner quelques informations fragmentaires sur Pyrrhus IV et VI, qui étaient certes intéressantes, mais aussi rares et douloureuses que les cordes dans la maison d’un pendu.

Elle relâcha lentement son emprise sur l’esprit du colonel Cicéron. D’après ce qu’elle avait pu voir, il serait le plus à même de comprendre la situation.

Il lui répondit en lui pointant son arme dessus.

Les quatre autres soldats pointèrent leur arme sur le colonel, qui n’hésita pas une seconde. Brain n’avait pas la subtilité nécessaire pour contrôler efficacement des machines à tuer. Les quatres pantins firent de leur mieux pour prendre des poses acrobatiques pendant les quelques instants qu’il fallut au colonel pour les abattre tous. De justesse, la télépathe l’interrompit au moment où, ses quatre co-équipiers au sol, il allait s’en prendre à elle.

Elle manquait d’entraînement, et ça se voyait.

Plus subtilement cette fois, elle implanta dans l’esprit de Cicéron la ferme conviction qu’elle s’était rendue et serait désormais inoffensive, et dissimula du mieux qu’elle le put le souvenir qu’il était venu là avec quatre autres soldats. Les paramètres de la mission n’impliquaient de la tuer qu’en dernier recours, aussi comptait-elle là-dessus pour survivre le temps qu’il se rende compte de ce qu’elle lui avait fait faire.

Elle le libéra de nouveau.

Gémissez!

Aucn gémissement.

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