Science-Fiction 1

La Flotte Impériale dérivait avec un phlegme typiquement militaire en orbite de Pyrrhus IV. Privés des repères essentiels qu’étaient le lever et le coucher du soleil sur Terre, les hommes à bord utilisaient des horloges pour accompagner et délimiter les activités de leur quotidien. Bien sûr, la Faction Anarchiste avait été la première à condamner cette pratique honteuse d’une seule voix, ce qui était une occurence rare même pour des anarchistes. Leurs porte-parole soulignaient l’hérésie de laisser une machine dicter à un homme ses rythmes biologiques, rappelant que tout allait de plus en plus mal depuis l’invention du voyage spatial, et exigeant que chaque homme libre puisse auto-déterminer son heure de réveil au nom du droit universel de chacun de se réveiller après les autres.

Ceci était l’un des rares points sur lesquels la Nouvelle Aristocratie rejoignait l’analyse anarchiste. L’intérêt pratique d’avoir tout le monde sur un même fuseau horaire s’était effacé devant l’impérieuse nécessité des nobles de l’amirauté de ne sortir de leur lit que trois bonnes heures après que leur chair à canon fut partie à la guerre. Depuis cette décision, le nombre d’amiraux qui anéantissait des flottes extra-terrestres entières avant leur petit déjeuner était en croissance constante, et les permanents concours de réputation dans les cantines de l’état-major leur feraient bientôt anéantir ces mêmes flottes dans leur sommeil.

L’amiral Joseph Trajan était de ces irréductibles qui refusaient de se plier aux jeux politiques de l’état-major. Après tout, ce n’était qu’un conscrit parvenu à son poste de pouvoir par le lâche truchement de la promotion interne, un misérable singe qui n’avait en guise d’éducation que les relents fétides des classes moyennes. Et pour souligner ce point, il se levait à la même heure que ses hommes, buvait une tasse du même café dégoûtant qu’il buvait lorsqu’il avait rejoint les Forces Impériales, et assistait aux victoires par le truchement du grand écran de projection de son vaisseau amiral.

C’était une série dont tous les épisodes se ressemblaient, mais l’amiral Trajan en appréciait beaucoup le principe: une flotte lourdement armée sort soudain de l’Hyperespace autour d’une planète habitée. Les habitants de celle-ci, découvrant soudain qu’ils ne sont pas seuls dans l’univers, mettent un terme à leurs querelles intestines pour envoyer un message universel d’amitié entre les peuples, rapidement suivi d’une reddition inconditionnelle une fois que les bombardements ont commencé, et enfin d’une paisible extinction de masse. Et l’humanité gagnait à chaque fois, preuve que les scénaristes avaient bon goût mais peu d’imagination.

Les gratte-papier de l’Empire, grands amateurs de science-fiction et pacifistes dans l’âme, n’auraient pas apprécié. Mais les comptes rendus indiqueraient que la planète était devenue déserte après que ses occupants ont découvert l’arme atomique et, dans cet élan festif qui accompagne toute découverte scientifique majeure, décidé d’employer leur nouvelle trouvaille pour se faire exploser les uns les autres. L’invention d’une arme suprême était, dans les archives de l’Empire, la première cause de l’extinction d’une civilisation. Les hommes, qui avaient réussi à ne pas trop se faire exploser les uns les autres, étaient trop occupés à se servir de l’argument pour asseoir leur suprématie raciale pour se demander pourquoi cinq cent civilisations semblaient avoir inventé les Torpilles à Fusion MXV-33 juste avant leur découverte par les missions diplomatiques de la Flotte Impériale.

Gémissez!

Aucn gémissement.

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